Les petits tourments d’Éloïse 

Bonjour chères lectrices/chers lecteurs!

Vous pourrez faire la lecture de mes réflexions en lien avec l’image corporelle au cours des prochains mois. Je suis une maman, au début de la trentaine. J’ai un intérêt pour la rédaction j’aime beaucoup rire et faire rire. Donc, j’assouvis ici ma soif d’écriture et d’humour, tout en m’impliquant humblement pour une cause qui m’interpelle. Je constate à quel point la perception de mon corps (et celui des autres!) a pu être façonnée par les médias, les propos et les commentaires des gens autour de moi ainsi que par l’industrie, qui veut faire du profit en me faisant croire que l’apparence que j’ai ne suffit pas. Brené Brown, auteure et chercheure sur la honte et la vulnérabilité, nous dit que « le meilleur ami de la honte est le silence »(1).

L’objectif de mes chroniques est de parler de la honte liée à l’image corporelle afin, qu’ensemble, on tente de la faire disparaître. J’aime profondément l’être humain. Je veux l’aimer, peu importe son apparence. Je veux aussi qu’on m’aime, peu importe mon apparence. J’aimerais que l’on apprenne à s’aimer véritablement (soi-même et les autres).

Note : Sachez que certaines de ces situations sont vécues, certaines romancées. J’ai modifié les acteurs et leur nom dans les histoires tirées de mon vécu : mon but n’étant pas de faire le procès public de qui que ce soit.

Source : (1) BROWN, Brené. Le pouvoir de la vulnérabilité, Guy Trédaniel éditeur, 2012, 254 pages. 

Distanciation sociale

Que faites-vous pendant cette période de distanciation sociale/isolement? Je suis à la maison avec mon fils, mon employeur me permettant de faire du télétravail (fiou!). Plusieurs personnes parmi vous, comme moi, sont inquiètes de la situation exceptionnelle que nous vivons en ce moment. Les personnes devant se rendre au travail possiblement encore plus (Je remercie et lève mon chapeau au passage les travailleuses et les travailleurs du réseau de la santé, garderies, supermarchés, restaurants et autres!).

J’ai ressorti mes vieux DVD d’entraînement maison pour rester active, question de garder le moral durant les prochains jours : Transfo-cardio, BeachBody, Top fit, Fessiers Xtrem, Fondue à volonté (oui, ça existe vraiment), Yoga Inferno, 28 jours pour un corps plus ferme, Maternité Santé (enfin, un titre qui a du bon sens!), etc. Je voulais garder le moral, mais voilà une bien belle façon, à lire ces titres, de me rappeler de mes vieux complexes.

Il y a une petite voix plutôt sévère à l’intérieur de moi qui m’ordonne de me bouger les fesses chaque fois qu’il y a un temps mort à mon horaire : « Alleeeeez, qu’est-ce que tu attends pour t’entraîner pendant que tu as du temps! ». Avoir la chance d’enfin me reposer? Cette petite voix ne me l’accorde pas!

Cette période de distanciation sociale ne fait que commencer et je vis déjà un peu d’ennui. Loin de moi l’idée de me plaindre, mais c’est une réalité. Je ne suis probablement pas la seule. Le pot de crème glacée dans le congélateur fait de la télépathie avec moi (je vous le jure!) : Allez, Eloïse, juste une petite cuillère… ça va te réconforter. La petite voix sévère dans ma tête est souvent la première qui riposte : Pas question! Ne cède pas! La culpabilité monte en moi illico, parce que j’en aurais bien envie de cette cuillère de crème glacée.

Dorénavant, j’apprends à être un peu plus bienveillante avec moi-même. Je m’autorise parfois à manger mes émotions, en pleine conscience. Ce que je veux dire, c’est que j’ai pleinement conscience que je m’apprête à manger mes émotions et j’en profite, avec mes 5 sens, pendant que je le fais. J’apprends donc à répondre avec bienveillance à la voix dans ma tête qui me juge sévèrement. Hier, je me suis préparée un bol de crème glacée et j’ai même ajouté du chocolat à l’intérieur, parce que j’aime ça. Je l’ai dégusté tranquillement en regardant le soleil par la fenêtre. C’était vraiment bon!

Encore une fois, la petite voix « pas fine » n’a pu s’empêcher de me dire : « Bravo ma belle, tu viens de bousiller ton entraînement de ce matin. Tu dois être fière de toi! »

C’est difficile au début, l’autocompassion. Je me pratique. Je fais de mon mieux. L’entraînement, ça ne devrait pas être pour brûler des calories. Ce n’est pas non plus pour dépenser, à l’avance, l’apport énergétique d’un aliment que j’ai envie de manger. C’est encore moins pour dépenser l’apport énergétique d’un aliment que j’ai mangé, comme une conséquence. C’est pour me sentir bien dans mon corps et ma tête.

En cette période de distanciation, tentons la bienveillance envers nous-même. C’est un excellent moment qui nous est offert pour prendre soin de soi et apprendre à s’aimer un peu plus, un pas à la fois. Nul n’est tenu à la perfection 😉.

Une visite au gym

On ne cesse de le dire: l’activité physique, c’est bon pour le moral, peu importe celle qu’on décide de pratiquer. J’avais 20 ans et je voulais m’inscrire dans un gym, pour la toute première fois. Je suis allée à un centre pour femmes qui offrait une formule intéressante pour moi à l’époque.

Ah! La naïveté de ma vingtaine, période où je ne vivais que d’amour et d’eau fraîche, les cheveux au vent et avec la croyance de vivre dans un monde bienveillant et d’acceptation! J’ai alors fait mon entrée dans ce centre de conditionnement physique en toute légèreté, avec le seul but d’avoir du plaisir à faire partie de ce cercle de femmes sportives.

Une employée remplie d’enthousiasme a pris en charge l’ouverture de mon dossier. Nommons-la, pour le bien de cette chronique, « l’employée du mois ».

Je peux vous dire que je ne m’attendais pas à ce que l’employée du mois me réservait: un bombardement de questions et de tests dans le but de recueillir toutes sortes d’informations à propos de mon corps.

J’ai eu droit, entre autres:

  • À la mesure du gras de bras de « bebye » (tu sais, le gras qu’on a tous en dessous des triceps, qui bouge quand on agite la main?): Cochonnerie, je ne pensais pas que c’était important, ça, le gras de « bebye »! Je peux te jurer que je me suis brassé le gras de bras devant le miroir, rendue chez moi, pour voir s’il y avait un potentiel effet de beauté ou de laideur dans mon mouvement de salutation!
  • À la mesure du tour de ventre: Oh lalaaaa, est-ce que ma mesure va correspondre à ce qui est inscrit sur la petite charte de gras abdominal de l’employée du mois? « X % » de gras abdominal, c’est bon ça?
  • À la pesée fatidique:  Ça peut être une véritable torture pour plusieurs d’entre nous de voir le chiffre sur la balance. C’est un peu comme avoir une épée Damoclès au-dessus de la tête : « Bordel, je vais être trop grosse, trop petite, laide, pu laide, ordinaire, contente, déçue ou tout simplement sur le bord de la crise cardiaque! »
  • Course sur place : Je me suis toujours demandé pourquoi il avait fallu que je fasse ça. Je courrais sur place, les genoux hauts et essoufflée, en jetant un regard en coin de temps en temps à l’employée du mois, cette dernière m’épiant de manière suspecte et évaluant je ne sais pas trop quoi au juste! Ça me fait un peu rire quand j’y repense.

J’ai eu droit aussi à une des conversations les plus plaisantes que j’ai eu la chance d’avoir au cours de ma vie. Je résume :
Employée du mois : Quel est ton objectif d’entraînement?
Moi : Euh… je pensais juste venir m’entraîner.
Employée du mois : Non, ça ne fonctionne pas comme ça. Ça prend un objectif. Es-tu là parce que ton chum veut que tu perdes du poids?
Moi : NON! Vraiment pas! Je vous dis, j’étais juste venue pour m’entraîner pour me sentir bien.
Employée du mois : Alors, qu’est-ce qui fera en sorte que tu te sentes bien?

À ce moment bien précis, j’ai dû respirer par mes deux petites narines et me retenir de lui hurler dans les oreilles que je voulais simplement « FAIRE DU SPOOOOORT ». Visiblement, elle ne comprendrait pas. Pour acheter la paix, je lui ai donné un objectif de perte de poids et de prise de masse musculaire. La demoiselle était contente. Sa job était faite, comme on dit.

Je suis repartie, sans m’être entraînée et un peu irritée, je dois le dire. J’y suis retournée seulement le lendemain pour me faire rembourser mon abonnement.

Certains objectifs peuvent possiblement être bénéfiques, lorsque ça peut aider à la motivation et au plaisir. Personnellement, je pratique souvent mes activités sans but précis et pour les bienfaits psychologiques que ça m’apporte. Je ne veux plus rien savoir des objectifs qui misent sur la modification de certaines parties de mon corps. Le plaisir est l’ingrédient qu’il me faut pour restée motivée. Est-ce la même chose pour toi?

Chez la cosméticienne

J’ai lu dans une revue que LA meilleure recette pour prévenir les rides est l’exfoliation de la peau, son hydratation et la protection solaire. Simple de même! J’ai bien peur de ça moi, les rides. Il m’arrive parfois d’approcher mon visage vraiment près du miroir de la salle de bain et de plisser les yeux et de les déplisser… tu sais pour « vérifier » si les rides d’expression de mes yeux ne se transforment pas en rides de vieillesse, en satanées « pattes d’oie ». À force de sourire et vivre trop de bonheur, on pourrait le payer cher à la longue. Un coup que tu as ça, des pattes d’oie, ça l’air qu’il faut essayer d’atténuer ça, avec des gels, des crèmes et du concombre sur les yeux. Ça aussi, c’est écrit dans ma revue (peut-être que, si je dors avec du « scotch tape » sur mes pattes d’oie, ça va les étirer… comme un genre « lifting » maison ???).

En consommatrice avertie, soucieuse de prévenir au lieu de guérir, je décide de rencontrer une cosméticienne pour me procurer des produits et ainsi appliquer LA recette magique qui fera disparaître mes inexistantes/futures pattes d’oie et tous mes tracas sur la question.

Cosméticienne : Bonjour, comment puis-je vous aider?

Moi, plus en contrôle que jamais sur l’avenir de sa beauté : Je cherche un exfoliant pour la peau, un bon hydratant et une crème solaire pour le visage!

Cosméticienne : Il vous faudra d’abord un exfoliant à granules, que vous utiliserez 2 fois par semaine. Ensuite, il faudra un masque exfoliant AHA/BHA à utiliser 1 fois par semaine. Il vient éliminer les cellules mortes afin que vous puissiez vous hydrater en profondeur. Ça ne sert absolument à RIEN d’appliquer un hydratant sur des cellules mortes, alors, c’est un incontournable. Je vous suggère aussi le sérum pour réparer votre peau, surtout si vous vous exfoliez trop, ça peut causer des microdéchirures (sentez-vous poindre l’ironie de la chose?) Il faudra, bien sûr, un nettoyant et un hydratant avec FPS pour compléter votre routine beauté.

Moi : Euh ok… montrez-moi ce que vous avez.

Cosméticienne : Voici une gamme exceptionnelle! Elle est très appréciée des clientes. L’ensemble revient à 195 $ plus taxes pour environ 3 mois d’utilisation. C’est abordable.

Moi, qui regarde le pot de l’exfoliant machin truc : Il y a une mise en garde : Peut augmenter la sensibilité de votre peau au soleil et augmenter votre risque de coups de soleil durant 7 jours après l’utilisation du produit. Ça y est, je sens un brin de panique monter en moi… je pense que je vais hyperventiler: LÀ, C’EST QUOI, JE VAIS AVOIR DES RIDES ET LE CANCER À CAUSE DU SOLEIL? Ma peau est déjà hyper sensible!

(Bruits de criquet…)

Cosméticienne : Il vaut mieux éviter le soleil.

Moi : Le soleil, ça me rend de bonne humeur! J’aime ça, MOI, aller marcher… DEHORS! Sentir la chaleur du soleil sur ma peau, faire du vélo, jouer dehors avec mon enfant!

(Ah c’est vrai, le bonheur, ça donne des pattes d’oie. Ah pis de la m***. Il vaut mieux que je retourne chez moi!)

Les commentaires sur mon apparence

Il est arrivé à plusieurs moments dans ma vie que mon poids fluctue. Je me préoccupais peu de mon poids lorsque j’étais enfant. J’ai eu en effet la bénédiction d’avoir des parents qui ne voyaient aucun intérêt à commenter mon poids. Je me doutais bien que j’étais trop maigre, lorsque, par exemple, ma grand-mère jetait une 2e pelletée de purée de pommes de terre en m’ordonnant de manger, bien que je n’eusse plus faim. C’était fait sans mauvaise intention, mais j’ai tout de même commencé à regarder le haut de mon corps nu devant le miroir et ses côtes proéminentes. Je devais avoir 7 ou 8 ans. Les commentaires des autres ont renforcé petit à petit chez moi des préoccupations face à mon poids. Lorsque j’ai l’impression d’être moins en contrôle sur ma vie, j’ai tendance à me peser plus, analyser les parties de mon corps devant le miroir, me sentir coupable quand je mange, etc. Avec le temps, heureusement, je prends davantage de recul face à ces perceptions.

Je me rappelle clairement la journée où tout a basculé pour moi. Tu sais, entre l’impression que « mon poids est une caractéristique comme une autre de mon corps » et « j’ai l’impression que mon poids est le centre d’intérêt du monde entier ». J’avais pris quelques kilos (je ne sais pas trop combien, je ne me pesais jamais à l’époque!). Mon oncle Georges m’a dit : Tu as engraissé! Là, c’est encore correct, mais il ne faudrait pas que tu en prennes plus. BOUM! La météorite de la grossophobie venait de me tomber sur la tête. La HONTE que j’ai ressentie!

C’est quand même ridicule quand on y pense un peu. Imaginez ce qui me serait arrivé si j’avais pris « plus de poids » (car, c’est clair, il NE FALLAIT SURTOUT PAS que j’en prenne plus, à entendre parler mon oncle Georges) :

Scénario 1 : Je crève d’une crise cardiaque… ce n’est qu’une question de temps. Je ne verrai pas mon enfant grandir, ni mes petits- enfants. Je dois ABSOLUMENT faire un saut en parachute! Oh noooon, je vois le tunnel de lumière. Je meurs. FERME TES YEUX jeune femme, NE REGARDE PAS LA LUMIÈRE!

Scénario 2 : Je ne suis plus intéressante. C’est dommage, une jeune femme avec tant de talents! Ça y est, je suis devenue illettrée, incapable d’écrire ces lignes… as;vm a;cjha-93r q<rw.

Scénario 3 : Je poursuis mes rêves, je progresse dans ma carrière, je continue de pratiquer les activités que j’aime, je ris, je pleure, j’ai du plaisir avec mon fils et mes amis et j’ai pris du poids (beaucoup plus réaliste).

Lorsque je perds du poids, ce n’est jamais pour une raison « santé ». C’est parce que je vis des moments difficiles. La dépression et l’anxiété, ça me coupe l’appétit. Donc, je fonds comme neige au soleil et quand je me lève debout trop vite, je suis étourdie et je vois noir (sérieusement!). Dans ce temps-là, il y a deux clans : ceux qui sont heureux et fiers de mes présumés efforts de contrôle sur mon corps et les jaloux. En plus de ne pas voir clairement les personnes qui me font un commentaire sur ma perte de poids drastique (car je me suis levée trop vite!), ces dernières ressentent le besoin de me faire leurs commentaires à plusieurs reprises dans une même semaine.

Clan 1 : « WOW, tu as l’air en forme! », « Félicitations, comment as-tu fait pour perdre ce poids? » « T’as l’air plus en santé que jamais! » « T’es belle! ». J’ai parfois même droit à des clins d’œil complices ou des pouces en l’air.

Clan 2 : « LOL, tu n’as plus de seins ni de fesses! », « Ah bin, tu flottes dans tes culottes! », « Arrête-moi ça, tu vas disparaître! ».

Si je comprends bien, soit je suis trop maigre, soit je suis trop grosse. Il me semble qu’il n’y a pas beaucoup de flexibilité entre les deux… tu sais, pour être juste « correcte »?

Je crois devoir plutôt comprendre que peu importe le chiffre sur la balance, ça fait rarement le « poids ». Alors, il n’en tient qu’à moi de refuser que cette pression me soit imposée.