Les petits tourments d’Éloïse

 

Bonjour chères lectrices/chers lecteurs!
Vous pourrez faire la lecture de mes réflexions en lien avec l’image corporelle au cours des prochains mois. Je suis une maman, au début de la trentaine. J’ai un intérêt pour la rédaction j’aime beaucoup rire et faire rire. Donc, j’assouvis ici ma soif d’écriture et d’humour, tout en m’impliquant humblement pour une cause qui m’interpelle. Je constate à quel point la perception de mon corps (et celui des autres!) a pu être façonnée par les médias, les propos et les commentaires des gens autour de moi ainsi que par l’industrie, qui veut faire du profit en me faisant croire que l’apparence que j’ai ne suffit pas. Brené Brown, auteure et chercheure sur la honte et la vulnérabilité, nous dit que « le meilleur ami de la honte est le silence »(1).

L’objectif de mes chroniques est de parler de la honte liée à l’image corporelle afin, qu’ensemble, on tente de la faire disparaître. J’aime profondément l’être humain. Je veux l’aimer, peu importe son apparence. Je veux aussi qu’on m’aime, peu importe mon apparence. J’aimerais que l’on apprenne à s’aimer véritablement (soi-même et les autres).

Note : Sachez que certaines de ces situations sont vécues, certaines romancées. J’ai modifié les acteurs et leur nom dans les histoires tirées de mon vécu : mon but n’étant pas de faire le procès public de qui que ce soit.

 Source : (1) BROWN, Brené. Le pouvoir de la vulnérabilité, Guy Trédaniel éditeur, 2012, 254 pages.

 

Les commentaires sur mon apparence

Il est arrivé à plusieurs moments dans ma vie que mon poids fluctue. Je me préoccupais peu de mon poids lorsque j’étais enfant. J’ai eu en effet la bénédiction d’avoir des parents qui ne voyaient aucun intérêt à commenter mon poids. Je me doutais bien que j’étais trop maigre, lorsque, par exemple, ma grand-mère jetait une 2e pelletée de purée de pommes de terre en m’ordonnant de manger, bien que je n’eusse plus faim. C’était fait sans mauvaise intention, mais j’ai tout de même commencé à regarder le haut de mon corps nu devant le miroir et ses côtes proéminentes. Je devais avoir 7 ou 8 ans. Les commentaires des autres ont renforcé petit à petit chez moi des préoccupations face à mon poids. Lorsque j’ai l’impression d’être moins en contrôle sur ma vie, j’ai tendance à me peser plus, analyser les parties de mon corps devant le miroir, me sentir coupable quand je mange, etc. Avec le temps, heureusement, je prends davantage de recul face à ces perceptions.

Je me rappelle clairement la journée où tout a basculé pour moi. Tu sais, entre l’impression que « mon poids est une caractéristique comme une autre de mon corps » et « j’ai l’impression que mon poids est le centre d’intérêt du monde entier ». J’avais pris quelques kilos (je ne sais pas trop combien, je ne me pesais jamais à l’époque!). Mon oncle Georges m’a dit : Tu as engraissé! Là, c’est encore correct, mais il ne faudrait pas que tu en prennes plus. BOUM! La météorite de la grossophobie venait de me tomber sur la tête. La HONTE que j’ai ressentie!

C’est quand même ridicule quand on y pense un peu. Imaginez ce qui me serait arrivé si j’avais pris « plus de poids » (car, c’est clair, il NE FALLAIT SURTOUT PAS que j’en prenne plus, à entendre parler mon oncle Georges) :

Scénario 1 : Je crève d’une crise cardiaque… ce n’est qu’une question de temps. Je ne verrai pas mon enfant grandir, ni mes petits- enfants. Je dois ABSOLUMENT faire un saut en parachute! Oh noooon, je vois le tunnel de lumière. Je meurs. FERME TES YEUX jeune femme, NE REGARDE PAS LA LUMIÈRE!

Scénario 2 : Je ne suis plus intéressante. C’est dommage, une jeune femme avec tant de talents! Ça y est, je suis devenue illettrée, incapable d’écrire ces lignes… as;vm a;cjha-93r q<rw.

Scénario 3 : Je poursuis mes rêves, je progresse dans ma carrière, je continue de pratiquer les activités que j’aime, je ris, je pleure, j’ai du plaisir avec mon fils et mes amis et j’ai pris du poids (beaucoup plus réaliste).

Lorsque je perds du poids, ce n’est jamais pour une raison « santé ». C’est parce que je vis des moments difficiles. La dépression et l’anxiété, ça me coupe l’appétit. Donc, je fonds comme neige au soleil et quand je me lève debout trop vite, je suis étourdie et je vois noir (sérieusement!). Dans ce temps-là, il y a deux clans : ceux qui sont heureux et fiers de mes présumés efforts de contrôle sur mon corps et les jaloux. En plus de ne pas voir clairement les personnes qui me font un commentaire sur ma perte de poids drastique (car je me suis levée trop vite!), ces dernières ressentent le besoin de me faire leurs commentaires à plusieurs reprises dans une même semaine.

Clan 1 : « WOW, tu as l’air en forme! », « Félicitations, comment as-tu fait pour perdre ce poids? » « T’as l’air plus en santé que jamais! » « T’es belle! ». J’ai parfois même droit à des clins d’œil complices ou des pouces en l’air.

Clan 2 : « LOL, tu n’as plus de seins ni de fesses! », « Ah bin, tu flottes dans tes culottes! », « Arrête-moi ça, tu vas disparaître! ».

Si je comprends bien, soit je suis trop maigre, soit je suis trop grosse. Il me semble qu’il n’y a pas beaucoup de flexibilité entre les deux… tu sais, pour être juste « correcte »?

Je crois devoir plutôt comprendre que peu importe le chiffre sur la balance, ça fait rarement le « poids ». Alors, il n’en tient qu’à moi de refuser que cette pression me soit imposée.